Dunkirk – La guerre en France… sans les français

J’aime depuis le début le travail de Nolan, même s’il se prend parfois les pied dans le tapis en étant absorbé par la contemplation de son propre nombril. Mais au moins avec lui, on a la certitude à chaque fois d’avoir du vrai cinéma à l’écran et une envie de raconter quelque chose à la fois d’épique et de différent. Ce qui est encore une fois le cas ici, avec son histoire d’un sauvetage de soldats anglais en 1940. J’avoue que j’avais entendu tout et son contraire sur le film, de la bouse sans saveur au grand film de guerre. Comme souvent, la réalité se situe entre les deux, mais je reste néanmoins étonné de la présence si faible de soldats français dans un film se passant majoritairement… sur nos côtes.

1940. Dunkerque est encerclée par les allemands. Les armées françaises et anglaises sont en déroute. L’opération Dynamo est lancée par Churchill pour tenter de ramener au moins 30.000 soldats sur les 300.000 bloqués sur les plages de la ville, afin d’éviter leur massacre. Destins croisés de plusieurs soldats, pilotes d’avion ou simples citoyens ayant participé à cette étonnante fuite. Une fuite qui va forcément être rendue difficile par le pilonnage des allemands et la présence de bombardiers mettant rapidement en déroute les navires de guerre britanniques. Ne reste alors plus qu’une solution : réquisitionner une flotte de petits bateaux de plaisance pour ramener les petits gars à la maison.

Comme d’hab avec Nolan, le spectacle vaut le coût du billet. Et je regrette de ne pas l’avoir vu en salle. L’image est belle, la mise en scène posée et habile, il y a plein de figurants à l’écran, la reconstitution essaie d’être fidèle, les trucages plateau sont utilisés autant que possible… bref, on est dans le cinéma qu’on aime et que les majors font de moins en moins. Le tout porté par la musique de Zimmer qui signe toujours ses meilleurs scores quand il est en duo avec Nolan. Quand au casting, il mélange nouveaux venus, comme un chanteur de One Direction, avec vieux briscards comme Tom Hardy, Kenneth Branagh ou Cilian Murphy. Nolan ressort une fois de plus ses acteurs fidèles dans des rôles qui leurs vont bien.

Là où ca coince un peu plus, c’est sur le film lui-même. Avec très peu de dialogues, il s’attache à décrire une déroute qui s’est plus ou moins transformée en victoire en arrivant à éviter le massacre annoncé et en limitant les pertes autant que possible. Et pour se faire, l’on va suivre principalement le parcours de trois soldats, prêts à tout pour ne pas se faire tuer, et qui vont avoir une poisse comparable à celle d’un mec qui aurai cassé un miroir en passant sous une échelle alors qu’un chat noir y mettait le pain à l’envers sur la table. Ou quelque chose dans le genre.

Dès qu’ils montent sur un bateau, il coule. Dès qu’ils pensent être en sécurité, tout le monde meurt autour d’eux… bref, ce n’est plus un chemin de croix, mais des mecs à bannir d’urgence de l’armée tellement ils sont des aimants à emmerdes. Les personnages secondaires, eux, en deviennent du coup plus intéressant, entre ce père de famille qui va prendre le large avec son fils et un de ses copains, Tom Hardy en pilote de chasse qui ira jusqu’au bout de son plein de carburant pour tenter de sauver ses camarades, Cilian Murphy en pleutre traumatisé qui tuera sans le vouloir un de ses sauveurs ou Kenneth Branagh en commandant souhaitant sauver le maximum d’hommes.

En résulte un film étrange, à la fois beau et un peu chiant. Bien joué mais longuet, car on décroche un peu au bout du énième bateau coulé et de la énième situation où nos trois chevaliers de la lose s’en sortent in extremis. Et c’est ca qui plombe l’ensemble. Car si on retrouve le lyrisme classique de ce type de film, Nolan nous avait habitué à viser un peu plus haut. A avoir une vision plus large d’une situation, à y apporter un éclairage différent. Là, il livre un film d’une facture très classique, très loin d’un Hacksaw Ridge de Mel Gibson avec une idée couillue, à savoir celle de raconter l’histoire d’un soldat désarmé volontairement en plein milieu d’un carnage portant sur le gore… Dunkerque est donc beau, bien joué… mais un peu vain.

Bref, Dunkerque est un chouette film de guerre sur la forme, mais manque de fond.

Ma note :

Post Author: Bemovie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *