Justice League – Trop c’est trop

On le sait, le tournage de Justice League a été compliqué. D’autant plus que son réalisateur Zack Snyder a connu un drame personnel, le suicide de sa fille, qui l’a amené à quitter son poste en plein milieu du tournage, pour laisser la place à Josh Whedon. Par dessus, on rajoute le désormais fameux moustache-gate, à savoir l’effacement numérique de la moustache de Henry Cavill lors des reshoots, moustache qu’il devait garder puisqu’étant en parallèle en plein tournage de MI:6… et donc effacée digitalement par Toto, le stagiaire graphiste de la boite de postprod, atteint de myopie. Rajoutons par dessus une couche de réécriture au chausse pied et un étalonnage rose fluo de la séquence finale qui fait saigner les yeux et on obtient un melting pot qui est est non seulement insipide, mais donne envie de vomir.

Superman est mort, et le monde se morfond. Mais lorsque trois cubes répartis sur terre, chez les amazones ou en Atlantide attirent l’attention d’un gros méchant nommé Steppenwolf et sa myriade d’insectes robots, Bruce Wayne se dit qu’il est temps d’activer le projet sur lequel il travaille depuis un certain temps : rassembler une équipe de héros, avec Wonder Woman, Cyborg, Flash et Aquaman. Ensemble, ils vont aller casser la gueule au Loup des Plaines. Sauf qu’ils se font ramasser, donc il faut ressusciter Superman grâce à une pirouette scénaristique de merde, afin qu’il les laisse bien morfler pour enfin se pointer et régler l’affaire en deux secondes, les yeux bandés et une main attachée derrière le dos.

Quel beau pitch que celui-ci. Superman réglant l’affaire à l’arrache tout en se curant le nez nous fait dire qu’en fait on vient de se taper 90 minutes de torture pour rien, vu à quel point le loupinou des plaines en CGI, le guerrier le plus balaise de l’univers se fait défoncer la gueule par superman… qui pourtant prenait cher face a Bruce Wayne dans BvS… qui là ne sert plus à grand-chose à part à exploser plein de ses véhicules super chers. Comme le dit mon boulanger à chaque fois que je viens lui acheter une tradition bien cuite mais pas trop, un bon pain, c’est trois choses : un bon scénario, un bon scénario et un bon scénario. Et un bon film, il ne faut pas trop de sel. Ou l’inverse.

Problème : ici il est indigent. On se fout des personnages. Le méchant en troidé fait doucement rire avec son look d’alien passé sous un rouleau compresseur et compensant avec un style ridicule. Jason Momoa a beau fait ce qu’il peut pour faire exister Aquaman, ca ne va pas très loin. Affleck n’est toujours pas un bon batman, Alfred fait pâle figure comparé à celui de la version Nolan, Amber Heard qu’on voit 2 minutes montre en main arrive à jouer aussi mal que dans une série Abprod, et Ezra Miller semble être une super mauvaise idée de casting pour Flash. N’en jetez plus…

Pire, il devient difficile de déceler la patte de Snyder, pourtant largement identifiable, dans ce bordel. Et on finit par y arriver… par défaut, Josh Whedon, pourtant responsable du premier Avengers, signant des plans plus moches que ceux de Snyder. Quand on rajoute le fait que dès que Superman apparaît à l’écran avec sa moustache effacée à la truelle, on a l’impression que sa bouche part en couille et qu’il s’est fait botoxer… on sort juste immédiatement du film avec une grosse envie de rire (ou de pleurer, c’est selon), et du coup on se met à prendre du recul par rapport à l’univers DC.

J’avais pu dire ici le bien que je pensais de Wonder Woman qui, s’il n’était pas le film du siècle, avait le mérite de tirer vers le haut les prods DC récentes. Car si Nolan avait une vraie vision pour son Batman (extraordinaire dans The Dark Knight, beaucoup plus médiocre dans The Dark Knight Rises… réécrit à l’arrache après le décès de Heath Ledger alors que ce film devait tourner initialement autour du procès du Joker), et s’intéressait à son personnage, l’univers DC sous la férule de Snyder m’a jusqu’ici fait osciller entre le super chiant et le franchement sans intérêt. Si l’ont peut garder Wonder Woman telle qu’elle, Gal Gadot tenant bien le perso, je crois qu’on peut rebooter le reste de l’univers. Il est temps de tirer un voile pudique sur ses adaptations médiocres toutes plus nulles les unes que les autres, et que Snyder revienne à des projets plus perso. Et surtout, on se demande ce qui a pu se passer pour que Josh Whedon réussisse bien son Avengers, vu à quel point il filme ici comme un aveugle au goût douteux… comme cette séquence finale, initialement prévue en bleu/noir, et ré-étalonnée en rose dégueuli. Et la comparaison fait d’autant plus mal avec un Thor Ragnarok, par exemple…

Bref, Justice League redéfinit à lui seul le terme « catastrophe industrielle ».

Ma note :

Post Author: Bemovie

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