Au revoir là haut – Du vrai cinéma

Retour de vacances et reprise d’activité sur le blog. J’aurai pu commencer en vous parlant de Stranger Things 2, mais je me dis que ceux qui voulaient sauter dessus l’ont déjà fait, et j’ai un peu de temps pour convaincre ceux qui ne l’ont pas encore fait. A la place, parlons du film le plus ambitieux de cette fin d’année, qui ne rencontre pas en salle le succès mérité… alors que pendant ce temps, Epouse moi mon pote (dont on parlera demain) fait un carton sans trop se fouler. Bref, si les spectateurs ne se massent pas pour aller voir le Dupontel, qui est une vraie tentative de cinéma comme on en voit trop peu souvent chez nous, je suis a peu près certain qu’il fera une razzia aux césars. Et ce sera amplement mérité. Voyons ensemble pourquoi.

La grande guerre. Pericourt un gars de la haute avec son âme de dessinateur et Maillard, un ancien comptable d’origine modeste, se retrouvent obligés de mener un assaut à deux jours de l’armistice, pour combler les délires de puissance de Pradelle, leur supérieur, prêt à tuer ses propres hommes pour voir couler le sang. Mais Pericourt se prend un obus qui lui arrache le bas du visage. Plus tard, alors que Pericourt tente de se reconstruire, il a une idée de génie : monter une arnaque au monuments au mort, alors que la France pense ses blessures. Et très vite, ils vont recroiser la route de Pradelle qui s’est entre temps marié avec la sœur de Pericourt…

Au revoir là haut, c’est du vrai cinéma comme on n’en voit plus dans l’hexagone depuis bien trop longtemps. L’adaptation d’un Goncourt qui a tout de la fresque romanesque des grands classiques de la littérature, avec méchants très méchants et personnages qui ne cessent de se croiser sur plusieurs années, jusqu’à ce que le méchant soit châtié comme il se doit. Le tout mu par un souffle historique amenant une certaine fierté du passé, malgré tous ses travers, ses petits arrangements mesquins et ses petites combines pour survivre qui font que la grande et belle Histoire des manuels scolaires est confrontée à la réalité du quotidien, forcément moins glorieuse.

Dupontel commence à avoir maintenant un certain nombre de films au compteur comme réalisateur, et celui-ci est clairement son moins barré et son plus ambitieux. Reconstitution de Paris en 1919, avalanche de costumes, scènes de guerre, plans croulant littéralement sous le nombre de figurants, nombreux plans truqués… une volonté rare aujourd’hui. Surtout lorsqu’on compare le budget de 20 millions de son film, super généreux, avec par exemple celui du Sens de la fête, avec ses 14 millions dont on se demande bien où est ce qu’ils ont disparus puisqu’ils ne sont clairement pas à l’écran. Bref, à une époque où les gros budgets français servent plus à grassement remplir les poches des prods et des acteurs plutôt qu’à faire un super spectacle à l’écran, cette approche fait plaisir à voir.

Et puis il y a un chouette casting autour de Dupontel qui incarne Maillard. A commencer par Nahuel Perez Biscayart, dans un rôle quasi muet et tout en pantomine… et pour cause avec la partie inférieure de son visage arrachée. Laurent Lafitte trouve enfin un chouette rôle avec celui d’un connard arriviste et Niels Arestrup fait du Niels Arestrup, à savoir qu’il incarne avec le talent qu’on lui connaît un homme de pouvoir qui peut prendre de graves décisions sans trahir la moindre émotion. Bref, un chouette casting qui met en valeur l’intrigue.

Malheureusement, comme dit plus haut, le film peine à trouver des spectateurs, et à mon avis pour une raison simple : sa bande-annonce qui ne vendait pas tout à fait le film et laissait douter de sa vraie nature, là où il aurait été peut être plus intéressant d’appuyer le fait que c’est l’adaptation d’un goncourt et une fresque épique… et son très étonnant manque de promotion alors que c’est la Gaumont derrière. Alors que Fifi et Tarek ont littéralement squatté TOUTES les émissions du paf pour leur nouveau film… c’est à peine si j’ai eu vaguement le temps de remarquer Dupontel… mais j’ai cligné des yeux tellement vite qu’il avait déjà disparu.

Heureusement, le film est encore à l’affiche (mais pour combien de temps encore?) et je ne peux que vous encourager à aller le voir, car il faut soutenir ce genre d’initiatives, à moins que vous ne souhaitiez que nos écrans soient encore plus squattés par des comédies mal écrites avec Christian Clavier ou des adaptations boiteuses de bande dessinées qui n’ont rien demandé.

Bref, Au revoir là haut, c’est vraiment chouette.

Ma note :

Post Author: Bemovie

2 thoughts on “Au revoir là haut – Du vrai cinéma

    AttilaLeHein

    (7 novembre 2017 - 10 h 00 min)

    Quand tu dis que « sa bande-annonce qui ne vendait pas tout à fait le film et laissait douter de sa vraie nature », tu veux dire qu’elles essaient de vendre ça comme un film de guerre ? En tout cas c’est l’effet que la seule BA que j’ai vu m’a donné.

    Je suis assez amusé par ton ressenti qu’il y a un grand manque de promotion de ce film, parce que dans la station de métro de mon boulot, toutes les affiches du mur sont celle du film (ça donne un côté 1984 un peu flippant! ^^), du coup j’ai le ressenti inverse!

    Bemovie

    (7 novembre 2017 - 10 h 05 min)

    Les affiches c’est une chose, mais faire la tournée des plateaux télé, c’est ca qui ramène le public de province.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *