Kingsman 2 – La synthèse du blockbuster vide actuel

Rien qu’avec le titre de cette critique, je sais que des dents vont grincer, que je vais encore me faire traiter de pisse-froid, de mec qui n’aime rien, voir de nazi tueur de bébé phoques et pro gluten. Certes, mais avant de vous emballer, commencez par reposer cette hache. Oui, voilà, comme ca. Et asseyez vous, vous avez l’air stupide à rester planté là avec un air menaçant et en montrant vos dents. Discutons entre gentlemen et laissez moi vous expliquer pourquoi, à mon sens, le nouveau film de Matthew Vaughn synthétise avec une certaine maestria tout ce qui ne va pas dans nos blockbusters modernes et oublie, contrairement au premier Kingsman d’être en rebellion par rapport à ce nivellement par le bas.

Eggsy vite sa vie d’agent secret qui rentre le soir à la maison pour fricoter avec sa princesse suédoise. Après une bagarre homérique les kingsmen se font pirater et une entité inconnue élimine tous les agents et leur QG. Ne restent en vie que Merlin et Eggsy. Tout deux vont se mettre en chasse d’une femme ayant une main mise mondiale sur le commerce de drogue et souhaitant être connue et reconnue pour son statut de businesswoman implacable. Les deux kingsmen survivant vont alors travailler avec les Statesmen, leurs cousins américains afin de la faire tomber…

Le premier Kingsman m’avait moyennement emballé lors de sa vision en salles, car il n’était pas ce que j’avais prévu. J’attendais un rajeunissement du film d’espionnage, il s’est avéré être un film un peu punk et mal élevé qui voulait avant tout rester fun et ne pas être trop sérieux. L’ayant revu entre temps, j’ai revu mon appréciation à la hausse car sous ses airs de films énervés, il attaquait la vacuité et un certain nombre de poncifs des blockbusters. Sauf que sa suite, bigger, better and louder, semble oublier cet état de fait, et préfère s’enfoncer dans des caméos à répétitions d’Elton John que dans un regard un peu désabusé sur le reste de la production.

La violence faisait mal dans le premier film ? Ici on s’en fout, et même la scène du burger, que l’on voit arriver à des kilomètres, fait à peine se lever un sourcil inquisiteur. Le plan du premier méchant dans Kingsman était con ? Celui-ci l’est encore plus. Le premier film voulait secouer le mythe de l’espion aristocrate en essayant de mettre en scène une revanche populaire… la thématique est totalement absente ici. Et donc, qu’est ce qu’il reste comme thématique adressée ici : et bien, et c’est là le problème…. Rien. Strictement rien. On se retrouve donc avec un scénario qui ne raconte rien. Et du coup… en fait un film certes toujours aussi virtuose techniquement, mais vide.

Du coup, alors que Matthew Vaughn a pourtant une belle carrière derrière lui et jusqu’ici une certaine capacité à dynamiter les carcans très fermés et lisses des blockbusters, on se demande ce qui s’est passé sur ce film. Alors oui, il continue à se faire plaisir techniquement, lors d’une scène de baston en voiture qui sert d’intro ou lors d’un plan séquence finale de baston à 3… mais depuis quand la technique remplace-t-elle le fond ? Et bien depuis pas mal d’années en fait. Depuis que les blockbusters sont conçus par des équipes marketing qui font en sorte à la fois de pouvoir vendre un max de produit dérivés et de s’assurer qu’aucune communauté, quelle qu’elle soit, ne se sente offensée. Et pouf, le dernier film de Vaughn leur ressemble.

Ce Golden Circle est donc une sorte de quintessence du blockbuster moderne. La virtuosité de Vaughn y est accouplée avec la vacuité d’un scénario qui ne raconte rien. Vous vous demandez pourquoi AUCUN blockbuster de cet été n’a été marquant ? Vous vous demandez pourquoi tous ces films auront été oubliés d’ici quelques années ? Ne cherchez pas plus loin. Comme le disait Gabin : un bon film c’est trois choses : une histoire, une histoire et une histoire. A faire des histoires vides qui ne parlent de rien… on fait des Golden Circle souvent moins bien foutu techniquement, donc qui n’arrive même pas à avoir cette excuse là pour rameuter le public en salle.

Bref, Kingsman 2, ca n’a aucun intérêt.

Ma note :

Post Author: Bemovie

2 thoughts on “Kingsman 2 – La synthèse du blockbuster vide actuel

    AttilaLeHein

    (20 octobre 2017 - 10 h 38 min)

    C’est que je craignait, que la petite seconde lecture de l’opposition entre classes (parfaitement illustrée entre le héro et Merlin qui ne croit pas en lui) se trouvant dans les petits moments irrévérencieux ne laisse place à quelque chose de lisse et calibrée pour le grand nombre (en gros le genre de films oubliés en deux semaines)

    Pour les scènes d’actions, ça doit être très dur de passer après celle de l’église du 1 qui était une surprise totale (tant dans son arrivée soudaine que dans le lieu où ça se situe), surtout si on ne s’était pas spoilé son existence, j’imagine que tout le monde s’attend à une « scène de l’église » dans le 2.

    Le truc le plus chiant en voyant ta critique, c’est que le film nous ressort le coup du méchant qui bute tout le monde dans l’organisation des gentils dès le début de l’histoire, sauf deux-trois rescapés qui doivent se démerder tout seuls. J’ai toujours trouvé que c’était une fainéantise scénaristique : oh, il est sensé y avoir au moins 24 chevaliers dans le mythe arthurien (ou 36, ou 72, voire encore plus selon les versions), ça signifie qu’il va falloir traiter tout ces personnages sinon le spectateur va se demander ce qu’ils foutent pendant que le méchant essai de dominer le monde (ils avaient déjà évacué la question dans le 1 avec la ficelle du « on ne sait pas s’il y a d’autres traitres dans le groupe, on est tout seuls sur ce coup »), comment faire ? Il n’y a qu’à buter tout le monde hors-champs dans une grosse explosion, comme ça on peut se concentrer sur les quelques personnages qu’on connait déjà !

    Bemovie

    (20 octobre 2017 - 10 h 45 min)

    Tu as tout dit en un mot : le script est fainéant. A partir de là…

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