Scythe – La faucille et le mécha

Et bah voilà, ça fait même pas un mois que j’ouvre un successeur à Bebealien’s World, et que je commence à faire n’importe quoi. Je décide de parler jeu de plateau sur un blog dédié au cinéma. Ce site est un scandale. Et pourtant, il y a tout plein de raisons de le faire. La première d’entre toutes, c’est qu’étant plus proche des 40 ans que des 30, et mon pouvoir d’achat n’étant plus le même que quand j’étais ado, je me suis remis aux jeux de plateau, un peu par hasard suite à un kickstarter pour le jeu Dark Souls (qui d’ailleurs devrait être livré sous peu). Et qu’en creusant un peu, je me suis aperçu que tout plein de copains (dont beaucoup dans le milieu du cinoche, paf, ainsi je raccroche le train maladroitement certes, mais je le raccroche quand même) jouaient ou étaient comme moi en train de s’y remettre. Quelques mois plus tard, après avoir acheté pas mal de jeux et avoir vendu un rein pour un quasi all-in pour le kickstarter du reprint de Kingdom Death Monster et le all-in de Pantheon Mythic battles (sans compter tous les autres projets que j’ai pu supporter), je me dis que c’est peut être l’occasion de vous parler d’une des perles ludiques sortie l’année dernière, justement sur kickstarter et qui, histoire de reboucler la boucle, est illustrée par Jakub Rozalski, dont j’avais découvert le travail sur io9, et dont je me suis toujours dit que son travail illustrerait à merveille un film. Ouf. Et au passage j’ai battu le record de l’intro la plus longue du monde.

Scythe est donc un jeu pour 1 à 7 joueurs, désormais dispo en boutique (par exemple chez Philibert, qui devrait bientôt en recevoir d’autres exemplaires, VO comme VF), dont le principe est simple : devenir le plus riche. Pour cela, il faudra remplir au plus vite des objectifs (un maximum de 6) aussi variés que d’arriver au maximum en puissance de combat, construire ses 4 bâtiments ou ses 4 méchas, avoir recruté ses 8 ouvriers, gagner des batailles, etc… De fait, c’est un jeu qui peut plaire autant aux bellicistes, toujours prompts à tomber sur la figure d’un de leur adversaire pour leur montrer que c’est eux qui tapent le plus dur, que pour les plus pacifistes qui préfèrent jouer défensif et optimiser ressources et upgrades.

Le plateau de jeu superbement illustré

La force de Scythe réside dans son asymétrie. En effet, chaque joueur va incarner une faction (dotée d’un héros qui est présent sur le plateau) équipée d’un pouvoir différent. Certaines misent justement sur la baston, en permettant de gagner plus de 2 points d’objectifs via des batailles, d’autres sur le fait de pouvoir faire deux fois de suite la même action (j’y reviendrai)… le tout sepoudré de différences sur les ressources de départ (en argent, en popularité (un coefficient multiplicateur pour les points de victoires finaux), ou en points de combat). Les différences ne sont pas extraordinaires, en tant que telles, et on peut très bien jouer défensif avec une faction offensive, ou l’inverse… mais entre les mains d’un joueur chevronné qui sera utiliser ses forces et ses faiblesses à bon escient, une faction peut être dévastatrice.

Un plateau de faction. Les 4 grands cercles du bas correspondent au pouvoirs débloqués en construisant le mécha posé dessus

Le coeur du jeu est basé sur un tableau, divisé en quatre sections, qui permet au joueur dont c’est le tour de sélectionner ce qu’il va bien pouvoir faire. Il est important de préciser qu’histoire de rigoler, chaque joueur à un tableau différent sur lequel le coût de chaque action diffère. Là aussi, les plus malins sauront en tirer parti. Seule contrainte, un joueur ne pas faire deux fois de suite la même action (sauf s’il est de la faction citée plus haut). Il peut se déplacer, bouger ses troupes ou ses ouvriers, et au passage utiliser son héros pour aller sur des cases « rencontres », lui permettant de tirer une carte et de choisir entre 3 effets bénéfiques (0 dépense et petit gain, petite dépense et gain moyen, moyenne dépense et gros gain) ou encore d’engager une bataille. Il peut également produire des ressources, qu’il pourra ensuite dépenser pour construire des méchas ou des bâtiments. Ou encore faire du commerce pour se procurer des ressources qui lui manquent, ou enfin se préparer à la guerre en accumulant de la puissance de bataille.

Un tableau de jeu, ses 4 sections avec actions du haut et du bas

Là où les designers du jeu sont extrêmement malins, c’est que Scythe marche selon un phénomène de snowballing. Au début, on a une armée faible, 0 ressources, aucun upgrade, donc le tour d’un joueur est rapide. Et plus le jeu va avancer, plus chacune des actions qu’il entreprend va lui permettre de faire « plus ». Se déplacer plus, produire plus, etc… mais également lui permettre de débloquer l’action du bas de chaque section du tableau. Ces actions du bas, coûteuses en ressources lui permettent en général d’avoir un bon gain de puissance. Là aussi, elles sont en nombre de quatre. Construire un mécha, qui a deux effets, tout d’abord de donner de la puissance de feu supplémentaire, mais aussi de libérer un pouvoir (en général lié au déplacement) permettant de se déplacer d’une case en plus ou de traverser les rivières sous certaines conditions. Il peut également construire un bâtiment, permettant d’accéder ainsi à certain bonus permanents, enrôler (ce qui en gros donne un petit bonus temporaire bien utile dans les périodes tendues). Enfin, il peut upgrader. Comme j’ai parlé plusieurs fois de cette action, explicitions là un peu plus. Grâce à celle-ci, le joueur choisit une action du haut de tableau sur laquelle il augmente ses gains (par exemple pouvoir produire sur une case en plus quand il produit) et également diminuer d’une unité le coût en ressource d’une action du bas (par exemple payer 3 métaux au lieu de 4 pour le prochain mécha). Upgrader est donc vital pour ne pas se faire larguer par les concurrents.

Les 5 héros des factions de base. Les deux dernières nécessitent un add on.

Je pourrai m’étaler encore sur les mécaniques du jeu, sur les batailles, le comptage des points de ressources, etc, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est vraiment dans ce tableau très malin et le fait qu’un peu comme aux échecs il faut vite tenter d’anticiper ce que vont pouvoir faire les adversaires pour manœuvrer en douce (et si possible bien entendu leur faire un coup dans le dos). Difficile néanmoins de ne pas parler de son excellent mode solo, un peu ardu à comprendre lors des premières parties, tant il demande une forte attention afin de comprendre toutes les subtilités de l’intelligence artificielle, mais qui devient brillant, avec ses quatre niveaux de difficulté une fois maîtrisé.

Avec ces mécaniques, Scythe pourrai se contenter d’être un très bon jeu à la mécanique bien rodée. Mais voilà. Stonemaier Games a décidé de donner une qualité vraiment top à tous ses éléments : les figurines sont belles, le plateau magnifique et super lisible, les tableaux des joueurs sont bien conçus… et surtout cette idée de plaquer l’univers de Jakub Rozalski dessus colle à merveille. Chacun va essayer à un moment de la partie d’aller visiter la case située au milieu du plateau, l’Usine, un endroit mystérieux qui fait penser un peu à Pique-Nique au bord du chemin, d’Arcadi et Boris Strougatski, qui ont donné lieu au film Stalker de Tarkovski et au jeu éponyme, un FPS/Survival dans les ruines de Pripyat après l’incident de Tchernobyl. Même si l’époque illustrée n’est pas forcément la même et est surtout totalement dystopique, on y retrouve une ambiance similaire.

Les méchas, force d’attaque et de dissuasion.

Je parle, je parle, mais je ne vous ai toujours pas expliqué ce qui en fait un grand jeu.Comme pour un grand film, c’est toujours un peu difficile à déterminer. Parfois, l’association d’excellents éléments n’arrive pas à faire prendre la sauce, par exemple j’ai toujours un peu de mal avec le cassoulet à la glace à la pistache… et parfois si. Là, avec une bonne quinzaine de parties au compteur, seul comme à plusieurs, j’ai l’impression d’avoir été à chaque fois dans des configurations différentes et de ne jamais avoir été en train d’appliquer bêtement la même stratégie. Il faut dire que choisir au hasard une faction et un plateau aide cet état de fait. Mais pour faire une analogie a la portée de tout le monde, les règles des échecs sont simples mais les combinaisons possibles énormes. Scythe c’est un peu pareil. Il n’y a pas de hasard, aucun lancer de dé, juste une capacité du joueur à anticiper ce qu’il va faire les tours suivants, et sa capacité ou non à lire le plateau et les futures actions de son adversaire. Et comme dans tout bon jeu de ce type, le plan extraordinaire et fantastique que vous allez mettre sur pied tombera bien entendu systématiquement à l’eau, par la faute de l’autre empaffé, là, que vous pensiez être votre ami et qui vient pourtant de vous ruiner votre plan. Scythe, c’est un jeu qui demande de s’adapter en permanence. Et surtout, à peine terminé qui ne donne envie que d’une chose : vite en refaire une autre.

Bref, Scythe c’est un jeu magnifique au gameplay ultra huilé. Pas forcément pour les novices, mais si vous aimez un minimum de complexité et que vous avez quelques potes motivés, foncez.

Post Author: Bemovie

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